Édito Morceaux choisis & Biblio Revue de presse
  • 6 juin 2017
  • - Commentaires fermés sur De l’art d’être un Malappris, par Virginie Leblanc
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Regardez-les : le petit ou la petite précède le plus grand, immense, protecteur, et immédiatement, c’est toute la machine narrative du fantasme qui se met en branle. Un adulte, le père, la mère, un grand-parent, un oncle, et pourquoi pas un professeur, c’est selon, protège, guide, encourage un enfant, il lui montre la voie. On en oublierait presque qu’il s’agit de deux ours, tant la formule du philosophe Leibniz, en pleine euphorie des Lumières, emporte : « L’éducation peut tout, puisqu’elle fait danser les ours. »

Tout, vraiment ? Oui, tout, et aujourd’hui encore, aujourd’hui surtout, ils sont loin de manquer, ces nouveaux partisans du tout, qui avancent, bardés de bons sentiments, prompts à résoudre les désordres du siècle par leur rêve de maîtrise, de règne de la bonne volonté et du respect de la marche à suivre. Bien sûr qu’on peut faire danser un ours en le faisant marcher sur les braises ! Bien sûr qu’à force de contrainte, n’importe quel individu finira par rentrer dans le rang, qu’à force de le stimuler, un enfant pourra même se mettre à parler, qu’à force de lui rabâcher qu’il faut repérer les signes de sa crise, un patient sera convaincu qu’il lui appartient de gérer sa folie. Mais avec quelles conséquences ?

Regardez donc mieux encore : le petit est debout, oui, mais il a détourné la tête, il jette un œil au loin, oui, mais pas dans la même direction que son aîné. C’est un enfant freudien, un sujet lacanien, un être parlant à vrai dire, celui que nous avons choisi de mettre à l’honneur sur l’affiche annonçant les 47e Journées de notre École. Un malappris, pas un malotrus. Tout au long de sa vie, il aura affaire à d’autres, son enfance sera guidée par une étoile, celle d’un désir particularisé à son égard, d’un regard bienveillant mais solidement ancré qui lui permettra d’aller voir ailleurs tout en se sentant accompagné. C’est pourtant seul qu’il aura à s’inventer une histoire, face à l’énigme du sexuel, qu’il aura à éprouver les embrouilles du malentendu, les épreuves de la perte. Chaque semaine, nous aurons le plaisir de vous donner de ses nouvelles : que devient-il aujourd’hui qu’il a accès à des formes d’apprentissages inédites, aujourd’hui que devenu adulte, il est scruté et mesuré de toutes parts ? Sait-il mieux aimer ? Chaque mercredi, vous en saurez, nous en direz un bout, jusqu’au 25 novembre.

N’oubliez donc pas, d’ici là, d’être souriant, affable, avenant, certes, poli pourquoi pas, mais quand même un peu malappris.