Écoles
  • 6 juin 2017
  • - Commentaires fermés sur Désir d’apprendre ?, par Hélène Deltombe
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Qu’est-ce qu’apprendre ? Les Journées 47 de l’École de la Cause Freudienne nous donnent l’occasion de nous interroger.

Le tableau de Hans Holbein, Les Ambassadeurs, dont la reproduction figure sur la couverture du Séminaire XI de Jacques Lacan, est une remarquable mise en scène du désir d’apprendre chez les esprits les plus éclairés au XVIe siècle. Alors que la religion chrétienne régnait en Europe, permettant à chacun de se référer à un savoir établi et de répondre à toute forme d’angoisse, l’explosion des savoirs à la Renaissance pousse le peintre à la reléguer dans un coin du tableau – un petit crucifix à peine visible en haut à gauche. Les objets symbolisant les savoirs sont au centre de la composition, les deux personnages du tableau sont fiers de les exposer, avides de connaître le monde et de le conquérir. Et si la mort rôde sous la forme d’une anamorphose de tête de mort, soulignant la vanité des savoirs au regard de notre misérable existence, il n’en reste pas moins vrai que le désir de savoir est vif, il est le sel de la vie. Par ce memento mori, « Holbein nous rend ici visible quelque chose qui n’est rien d’autre que le sujet comme néantisé […] l’incarnation imagée du moins phi de la castration, laquelle centre pour nous toute l’organisation des désirs à travers le cadre des pulsions fondamentales »[1]. Jacques Lacan, par sa lecture de ce tableau, nous livre une clef fondamentale du désir d’apprendre. Cependant, quel type de savoir voulons-nous ? Et selon quelles modalités ?

On observe qu’aujourd’hui, l’acquisition de connaissances n’est pas toujours le fruit d’un acte d’apprendre animé par un désir. Ainsi que Virginie Leblanc et Fabian Fajnwaks le soulignent dans l’argument qui lance les Journées des 25 et 26 novembre prochains – Apprendre, désir ou dressage ? – « ce savoir, amputé des signifiants primordiaux, de figures tutélaires ou de l’expérience qui lui donnent sa légitimité, s’offre désormais sans demander à celui qui apprend une adhésion autre que son assimilation même » :

Au plan scolaire, les méthodes s’affrontent sans parvenir à trouver comment chaque enfant pourrait désirer apprendre les bases du savoir.

Au plan de la formation, plus généralement, les programmes sont bâtis pour obtenir une amélioration des compétences, dans une visée utilitariste ou performative, pour répondre à une demande d’adaptation aux normes qui réduit le langage à une fonction opératoire.

Au plan thérapeutique, chacun est confronté à deux mondes bien différents, celui des thérapies et celui de la psychanalyse : les thérapies proposent la résolution rapide de tout problème – l’éradication d’un symptôme, la reprise de confiance en soi. C’est une promesse factice : le symptôme se déplace, la confiance en soi est un serpent de mer. Elles font l’élision de la question du désir et parfois ne distinguent plus traitement et éducation. La psychanalyse, en revanche, n’est pas une « pédagogie corrective »[2]. Tandis que les thérapies font croire à un savoir déjà là, applicable, « l’acte psychanalytique se présente comme invitation au savoir »[3].

[1] Lacan J., Le Séminaire, Livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1973, p.83.

[2] Miller J.-A., « Les Journées de l’ECF », Lettre mensuelle n°193, Bulletin de l’ECF, décembre 2000, p.1.

[3] Lacan J., Le Séminaire, Livre XVI, D’un Autre à l’autre, Paris, Seuil, 2006, p.345.