En analyse
  • 13 juin 2017
  • - Commentaires fermés sur Du dressage au désir, par Beatriz Gonzalez-Renou
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Apprendre. Désir ou dressage. Trois mots, un verbe et deux noms dont on pourrait se dire qu’ils ont un caractère passe-partout. Ce, dans le sens où ils relèvent du discours commun. C’est peut-être justement pour cela que ces trois termes convoquent aujourd’hui les psychanalystes d’orientation lacanienne.

Notre époque produit de manière de plus en plus accélérée un éventail de techniques et de programmes à partir desquels tout un chacun est sensé trouver son compte « vite fait, bien fait ». Il suffit d’apprendre et de bien appliquer l’habilité fraîchement acquise pour élargir sa capacité de s’adapter au monde et d’y trouver une place. À plus de compétences, plus de productivité et moins de risque d’exclusion. Telle est l’offre martelée par le maître moderne. La génération dite des « Millennials » – née entre la fin des années ’80 et le début des années 2000 – témoigne de cette course sans fin où le sujet doit négocier sa place dans le monde à coup de performances techniques, d’hyper connexion sur les réseaux sociaux et d’une totale disponibilité afin de ne surtout pas rater la moindre chance pour s’en sortir. Ces jeunes sont sans doute multi-casquettes, ultra-réactifs et débrouillards au possible car ils savent que le monde tel qu’il va leur propose au mieux un horizon en cdd. Ainsi, le verbe « apprendre » n’est ni plus ni moins que le nom de l’impératif surmoïque qui les gouverne. Le temps du « Mange ta soupe ! », « Range ta chambre ! » ou « Passe ton bac ! » est à présent loin derrière. Aujourd’hui le discours du maître prône de façon généralisée : « Apprends ! ».

Quant au mot « dressage », s’il est moins explicitement véhiculé, il est d’autant plus actif dans la subjectivité contemporaine. Dans leur pratique, les psychanalystes n’ont de cesse de rencontrer l’infinie variété des modalités de dressage dans lesquelles sont pris ceux qui s’adressent à eux. Le dressage serait ainsi l’un des noms modernes de ce que Freud a formulé comme la détermination de l’inconscient en tant que répétition. Nous aurons ainsi à interroger quel est le statut des dressages dans ce xxie siècle où la technique et la science semblent aux commandes de tout.

Et puis, dans le titre de ces 47e Journées de l’ecf se glisse le mot « désir ». C’est à la fois l’un des concepts psychanalytiques de la première heure et un terme comme un autre, évoquant souvent ce qui serait du seul registre de l’envie, de la volonté ou de tout autre souhait facile à satisfaire. Si le sujet contemporain – qu’il soit enfant, écolier, jeune, adulte en activité ou non, personne retraitée – se trouve pris entre ces deux impératifs que sont apprentissage et dressage, qu’est-ce que le mot désir peut bien vouloir dire aujourd’hui ? Il s’agira ainsi de démontrer qu’à l’envers du discours du maître, le discours analytique, fait place à l’énigme de ce sujet souvent piégé mais pour qui la rencontre avec un psychanalyste ouvre la possibilité de changer de statut et de devenir un sujet-supposé-désirer ; désirer autre chose, nouvelle, inédite, à venir.