Érotiques
  • 20 juin 2017
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Dans le BDSM, il conviendrait sans doute de distinguer la jouissance et la perversion au sens pur et dur. Si le pervers vise la division de l’autre pour en faire surgir l’objet dans l’angoisse de la confrontation directe à la jouissance, la pratique SM fait appel à des mécanismes que nous ne pourrions développer qu’au cas par cas pour chaque sujet. Néanmoins, rappelons qu’un adepte sado ne recherche pas un maso, mais à amener l’autre à jouir de son sadisme et, inversement, le masochiste devra amener l’autre à jouir de la douleur qu’il lui demande de lui infliger. Le sadique éduque l’autre à la souffrance, idem pour le masochiste qui éduquera l’autre à lui infliger la « bonne » souffrance, c’est-à-dire l’éduquer à jouir de la demande du masochiste de le faire souffrir. Il n’y a pas de rapport sexuel, car un maso ne peut éduquer un sado ni un sado un maso, ils le sont déjà par leur rapport singulier à leur jouissance.

Le shibari est une pratique japonaise qui « implique d’entraver la personne en utilisant des figures géométrique pré-définies à l’aide d’une cordelette habituellement de 6 à 8 millimètres de diamètre, faite de chanvre ou de jute »[1]. Si l’appellation de maitre subsiste, c’est dans le sens de l’art et de la maitrise. Emmanuel Créateur explique magnifiquement les enjeux sur son site : www.boudoirshibari.com.

Celui qui lie l’autre jouit, non pas de l’autre, mais de son art. Il peut le faire dans des expositions, dans des musées, des galeries… Il faut tout un apprentissage du lien, des points du corps, des textures de cordes et du lien au « modèle ». Il n’y a pas, pour le maitre shibari, une recherche d’orgasme, mais bien d’une esthétique qui prend en compte la jouissance de l’autre. « Le boudoir shibari a été conçu comme un lieu où les pratiques sont d’un érotisme très fort, où les plaisirs sont exacerbés, mais sans sexualité »[2] . Sorte de sublimation du non rapport sexuel, de l’impossible rencontre des corps.

Il peut y avoir danger, pour les muscles, les articulations, la vie, surtout dans les suspensions, il faut donc des connaissances précises en anatomie. Ce n’est pas cette jouissance mortifère qui est recherchée. C’est bien la sensation de la contrainte par pression sur le corps. Clara adore s’abandonner au maitre. Une fois liée, c’est une jouissance au-delà de ce lien à l’autre qu’elle recherche, dans le temps qui s’écoule, dans la posture et les sensations éprouvées. L’esthétique est centrale. Les mises en scènes convoquent le regard, mais aussi l’œil, car chaque expérience est photographiée. Mais Clara témoigne qu’il y a quelque chose au-delà. Dans cet au-delà, elle est radicalement seule. Ne reste plus que des sensations. Elle oublie les cordes, les nœuds : ne reste qu’un corps parcouru.

Pour le maitre shibari, ce qui compte c’est la tension érotique qui convoque le regard. Et ceci, ça s’éduque. « Une limite entre les deux (regard et sexualité) où la tension érotique est à son maximum. Où seul le plaisir des yeux compte. J’espère que les photos permettent de partager et de ressentir la force de ces émotions. »[3] Le plaisir des yeux de celui qui fait, de celui qui regarde la photo et ce qui le regarde, c’est le modèle. Le modèle, lui, se sait regardé, mais il y a un au-delà de solitude. Jessica sait la présence du maitre dans la pièce et cela la rassure, mais elle veut éprouver cette solitude, cette solitude de la jouissance qui ne s’éduque pas, mais s’éprouve.

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Bondage_japonais

[2] https://boudoirshibari.com/2016/09/anouchka-farlant-au-boudoir-shibari/

[3] Ibid.