Édito
  • 11 juillet 2017
  • - Commentaires fermés sur Le désir de l’Éducation Nationale, par Fabian Fajnwaks
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Depuis le week-end dernier la Commission scientifique des Journées travaille sur les 290 propositions d’intervention reçues. Ce chiffre inédit traduit un véritable intérêt pour le thème de cet événement, intérêt suscité par les différents textes ayant circulé, dont les articles publiés par Malappris depuis sa mise en circulation. Que lit-on dans ces arguments ? Comment les cliniciens trouvent des manières très variées et à chaque fois passionnantes de faire avec des protocoles de soin, des injonctions d’éducation thérapeutique, des modèles normatifs qui fonctionnent parfois comme des idéaux pour différents sujets ; et comment la rencontre avec un désir de la part des cliniciens permet de subvertir ce qui apparaît comme un horizon bouché et préétabli pour un sujet. Un effet d’ouverture s’ensuit qui n’est pas, souvent, sans une expérience permettant d’apprendre quelque chose des déterminations inconscientes à l’œuvre pour ces sujets.

La bibliographie qui paraîtra cette semaine, Biblioapprendre, nous permettra d’apprécier le nombre très important de références présentes dans l’enseignement de Jacques Lacan à l’expérience d’apprendre : c’est vraiment saisissant !

La notion du désir est centrale aujourd’hui dans les apprentissages : l’hebdomadaire Le Point, dans son numéro du 22 juin 2017 nous le rappelle, avec un dossier entièrement consacré à la neuroéducation. Des neuroscientifiques aussi prestigieux que Stanislas Dehaene et Pierre-Marie Lledo, de l’Institut Pasteur, nous indiquent combien « le désir, notion primordiale dans les apprentissages, est une dimension complètement négligée par notre système éducatif »[1]. La neuroplasticité, concept devenu central en neurosciences depuis quelques années, permet de suivre les transformations du système neuronal que l’expérience du sujet produit, contre le seul modèle où le constitutionnel primerait sur l’acquis. Cela n’est pas sans produire une série de débats à l’Éducation Nationale car les méthodes d’apprentissage sont en train d’être remaniées dans l’éducation, depuis l’enseignement des mathématiques, où on accorde davantage de place à l’expérience et à l’erreur, jusqu’à la méthode globale, très contestée actuellement par les neuroscientifiques.

On apprend donc que la notion de désir n’est pas seulement du seul domaine de la psychanalyse, et ces Journées seront donc l’occasion de discuter sur ce croisement dans les termes avec nos collègues neuroscientifiques, mais aussi et surtout, pour constater de manière lumineuse, qu’on apprend aussi beaucoup de choses dans une analyse !

[1] Lledo J.-M., « Le rôle des émotions dans les apprentissages », Le Point n°2337, Juin 2017, p.57