Érotiques
  • 11 juillet 2017
  • - Commentaires fermés sur L’érotique de la poussée de savoir, par Esthela Solano-Suarez
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La poussée de savoir – Wissensdrang – des enfants[1] trouve sa source au cours de la première floraison de la vie sexuelle, entre la troisième et la cinquième année. Elle y plonge ses racines, faisant preuve d’une précocité insoupçonnée et d’une intensité inattendue.[2] À cet égard Freud remarquait que le petit Hans, qui avait commencé à se procurer des sensations agréables en touchant son petit membre, s’est avéré porter un intérêt tout particulièrement vif pour son « fait-pipi », devenant de par cet intérêt « un investigateur ».[3]

Nous pouvons lire avec Lacan la source traumatique de cet intérêt pour autant que Hans éprouvant ce premier jouir qui résulte de son Wiwimacher et qui s’impose à lui comme une chose inquiétante et étrangère, se trouve poussé de ce fait vers la recherche d’un sens.[4] Étant confronté à ce qui de la jouissance sexuelle fait trou, l’enfant s’avancera tout seul vers l’élucubration d’un savoir. Cette recherche solitaire ne trouvera d’autre appui que celui du signifiant du phallus, d’une part, et de l’objet a, d’autre part, lequel sous les espèces du regard, des objets oral et anal, constituera le noyau des fictions fantasmatiques des théories sexuelles. C’est la thèse de Freud. La version fantasmatique succombera au refoulement se nouant au moterialisme du symptôme.

L’investigation sexuelle infantile, première tentative d’autonomie intellectuelle, échoue face au réel du sexuel. Freud distingue ainsi trois destins possibles de la poussée d’investigation provenant de sa connexion précoce avec des intérêts sexuels.[5]

Dans le premier cas, l’avidité de savoir de par la force du refoulement, reste inhibée et la libre activité de l’intelligence limitée, parfois à vie, caractérisant une inhibition névrotique vis-à-vis du savoir. Le deuxième type implique le retour du refoulé de l’investigation sexuelle sous les espèces de la compulsion de rumination. La pensée se sexualise et porte la marque de l’angoisse et du plaisir inhérents aux processus sexuels proprement dits. La pensée se substitue à la satisfaction sexuelle, naufrageant tout comme l’investigation infantile, dans l’impossibilité d’aboutir à une conclusion. Le troisième type le plus rare et le plus parfait – où Freud repère la position de Leonard de Vinci – échappe à l’inhibition de la pensée grâce à la sublimation de la pulsion s’associant à l’avidité de savoir, de sorte que la pulsion peut agir librement au service de l’intérêt intellectuel.

Nous pouvons dès lors concevoir que seul le discours analytique peut résoudre les impasses du « je n’en veux rien savoir » qui plonge ses racines dans le réel hors sens.

[1] Freud S., « Les théories sexuelles infantiles » (1908), La vie sexuelle, Paris, PUF, 1982, p.16

[2] Freud S., « Les recherches sexuelles infantiles » (1915), Trois Essais sur la théorie de la sexualité, Paris, Gallimard, 1987, p.123

[3] Freud S., « Analyse d’une phobie chez un petit garçon de 5 ans. (Le petit Hans) » (1909), Cinq Psychanalyses, Paris, PUF, 1972, p.169

[4] Lacan J., « Conférence à Genève sur le symptôme », (1975), Le bloc notes de psychanalyse, Genève, 1985, n° 5, p.12-13

[5] Freud S., Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci, Paris, Gallimard, 1987, p.83 et suivantes.