Le billet des J47
  • 5 septembre 2017
  • - Commentaires fermés sur La paix du soir… à la rentrée, par Virginie Leblanc
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De la même façon que Lacan articula à quel point l’alternance entre le jour et la nuit est bien davantage un battement symbolique constitutif de notre condition d’êtres parlants qu’une expérience empirique et imaginaire[1], de la même façon sommes-nous plongés cette année encore dans le rituel de ce signifiant condensateur de bien des sens variés : « la rentrée », celle qui fait la une des journaux, celle qui remplit les caddies des supermarchés, celle qui fleure bon le papier ou suinte de la sueur des nuits d’angoisse.

Septembre a pourtant une saveur bien particulière, dans ce temps fort qui converge pour les trois mois qui viennent vers la ligne d’horizon qui est la nôtre, vers les 47e Journées de l’ECF : si le fait d’apprendre dépasse bien largement le seul domaine du savoir scolaire pour étendre son empan jusqu’à et surtout dans la cure analytique, comment ne pas être touchés par les débats qui agitent aujourd’hui l’école et ne pas penser à tous ceux qui s’apprêtent à retrouver leurs élèves dans des classes, mais aussi leurs patients dans des institutions où les amènent les troubles de l’apprentissage, du langage, et plus largement toutes les pannes du désir d’apprendre ? Serait-ce que les psychanalystes auraient des leçons à donner aux enseignants ?

En s’interrogeant sur les modalités contemporaines de transmission du savoir, il ne s’agit certainement pas d’indiquer aux professeurs des recettes psychanalytiques pour mieux gérer leur classe. Mais plutôt de considérer que le pas de côté que nous force à faire l’inconscient, en bousculant les savoirs établis et en logeant au cœur de la transmission la dimension de l’impossible inhérente à notre condition langagière, est une chance formidable de rencontre. Rencontre entre le discours analytique et ce que Lacan nomma dans son séminaire « le désir de l’enseignant »[2]. Chance que chez celui qui se retrouve en place de transmettre surgisse moins le professeur qui « enseigne sur les enseignements » en les découpant avant de les recoller, que l’enseignant : soit celui dont le collage inclurait, à la manière de l’artiste surréaliste, la dimension du manque dans ces enseignements même, ce qui a pu faire dire à Lacan que l’enseignant était un analysant, toujours au travail d’écrire le savoir qui cherche à se dire.

C’est précisément cette dimension de la constitution du savoir analytique qui apparaît, en acte, dans la précipitation de ces derniers jours où sont collectés les textes de tous ceux qui donneront à voir le samedi 25 novembre comment la psychanalyse interprète le thème : les lecteurs attentifs guettent leurs messages et s’apprêtent à discuter avec les auteurs des simultanées de la meilleure manière de transmettre un tel savoir, pas sans oublier que loin d’une constitution encyclopédique, il émane de praticiens chevronnés qui n’en demeurent pas moins travaillés par leur inconscient. Voilà pourquoi nous faisons le pari que ces Journées rassembleront toutes celles et ceux qui s’interrogent sur la façon dont on se met au travail d’apprendre et s’intéressent à la manière dont le savoir est venu ou peut venir, chez un sujet, se nouer à l’énigme de sa position dans le monde.

 

[1] Lacan J., Le Séminaire, livre III, Les Psychoses, texte établi par J.-A. Miller, Seuil, coll. Champ Freudien, Paris, 1981, leçon du 8 février 1956.

[2] Lacan J., Le Séminaire, livre X, L’angoisse, texte établi par J.-A. Miller, Seuil, coll. Champ Freudien, Paris, 2004, leçon du 13 mars 1963, p. 201-202.