Écoles
  • 18 septembre 2017
  • - Commentaires fermés sur De l’impuissance à l’impossible, par Claire Piette
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À l’heure où la technocratie envahit tout le champ social avec la volonté de tout universaliser, qu’est-ce que la psychanalyse nous apprend pour occuper la fonction de professeur, métier qualifié par Freud d’impossible ? Pourquoi est-il impossible ?

Diplômés, nous accédons à une posture de maîtrise alors que nous n’avons simplement acquis des connaissances et appris certaines méthodes pour donner cours. Or la réalité du terrain n’est jamais celle à laquelle on s’attend. Ensuite l’institution scolaire offre rarement à son corps professoral des lieux où pouvoir élaborer ensemble à partir des impasses rencontrées. Enfin, et ce n’est pas la moindre des raisons, parce que nous ignorons que l’apprentissage nous échappe du fait même que le sujet est soumis aux lois du langage sur lesquelles nous n’avons aucune prise. En effet, il y a toujours « deux instances clandestines » dans nos classes : le sujet et la jouissance.

Le discours analytique nous permet de passer de l’impuissance à l’impossible parce qu’il est le seul à permettre de transformer la plainte en levier. En lisant Freud , on prend la mesure de ce que la relation professeur-élève ne se réduit pas à la simple communication d’un savoir mais est animée par la question du transfert.

Envisager que nous sommes en position de susciter des passions à notre insu, ne nous permet-il pas de nous dégager d’une part de l’imaginaire et des scènes qui en découlent, prises dans la répétition d’un « c’est lui ou moi » dont les autres élèves sont les premiers spectateurs, et d’autre part du discours itératif qui s’enlise dans le « nous » les professeurs ligués face aux « eux » les élèves. Là où nous étions voués au scénario du dressage, se dessine donc un au-delà.

Le Cien et d’autres lieux qui s’interrogent sur la pratique pédagogique frayent un espace temporel où chacun s’autorise à réfléchir à ce qui est en jeu dans la relation pédagogique. Par ailleurs, être analysant offre l’expérience d’ouvrir la fenêtre sur l’hypothèse du savoir inconscient et de considérer sérieusement que « la résonnance de la parole est quelque chose de constitutionnel » .

Avec ces appuis, le professeur ne peut-il pas endosser ce métier impossible en trouvant, avec son style, à faire résonner la langue pour que l’atmosphère de sa classe soit Autre « comme le lieu où le signifiant se pose, […] la résidence du dit, de ce dit dont le savoir pose l’Autre comme lieu. Le statut du savoir implique comme tel qu’il y en a déjà, du savoir, et dans l’Autre, et qu’il est à prendre. C’est pourquoi il est fait d’apprendre. »

Tel un funambule, le professeur remonte alors à chaque fois sur le fil du métier sans jamais savoir si le pari du désir sera réussi mais accepte d’en relever le défi.