Franchissement
  • 3 octobre 2017
  • - Commentaires fermés sur Se donner la peine, par Jérôme Lecaux
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C’est un de mes souvenirs les plus anciens. Mon institutrice d’école maternelle. Elle dessinait à la craie au tableau des grandes fresques qui nous accompagnaient pendant une ou deux semaines, ensuite elle les effaçait. Cette fois-là elle avait dessiné des personnages dont un enfant noir. Elle avait dessiné la peau à la craie brune mais était contrariée de ne pas avoir de craie noire pour dessiner ses cheveux. Elle était embêtée et nous l’a dit.

J’étais étonné, je me disais qu’elle pourrait utiliser une couleur approchante, que ce n’était pas important. Mais j’ai été impressionné qu’elle se donne la peine de trouver une solution, de ne pas céder sur l’obstacle, de le faire pour nous. Elle nous donnait quelque chose d’important. Elle prenait son travail avec nous très au sérieux. Comment peut-on dessiner noir sur noir ? Alors qu’il n’y a pas de craie noire ? Finalement le lendemain elle a trouvé une solution : elle a dessiné les cheveux avec un crayon gras noir, après avoir vérifié qu’elle pourrait l’effacer ensuite.

Ce souvenir de trouver un chemin dans l’impasse m’a laissé une forte impression et un durable souvenir. Ce qui me reste c’est cette leçon, que ça vaut le coup de se donner la peine. Quand il y a plus de 20 ans j’ai découvert la Section Clinique de Lyon j’ai été impressionné par le travail des enseignants qui se donnaient la peine, travaillaient beaucoup, pouvaient faire part de leurs embarras, leurs incompréhensions, transmettaient un savoir vivant. C’est aussi un ressort qui m’anime toujours, même après la passe : je me donne la peine. Pas sans joie. Parce que ça le vaut.