Enfances
  • 12 octobre 2017
  • - Commentaires fermés sur Signer avec son bébé, par Nicole Borie
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La méthode est née aux USA dans les années 1980. Joseph Garcia, un spécialiste de la langue des signes américaine constatait que les enfants qui grandissaient dans des familles dont un des parents était sourd et qui utilisait la langue des signes, pouvaient communiquer bien plus tôt que les enfants du même âge qui évoluaient dans des familles entendantes. Il propose une façon d’échanger avec un bébé à partir de six/huit mois, appuyée sur la langue des signes.

Depuis toujours on a associé mimiques et gestes à nos paroles adressées aux enfants, les comptines en témoignent. La stimulation reste la première œuvre d’ouverture au monde dans la rencontre avec tout petit. Pourtant cet engouement depuis 2006 en France intrigue. Des crèches se sont saisies de la méthode, des assistantes maternelles, etc…

La grande idée éducative pour promouvoir la langue des signes avec les bébés est que son utilisation produirait une amélioration conséquente des colères et des frustrations de l’enfant qui ne peut pas se faire comprendre. Un enfant moins coléreux et à qui l’on aurait épargné des frustrations, voilà un programme contraire à l’idée de Freud qui répondait au père de Hans de ne surtout rien lui épargner des contraintes et frustrations de la vie, voire des jugements haineux sur sa naissance pour qu’il devienne un homme.

Parmi les autres bienfaits remarquables nous trouvons également le développement de ses capacités de concentration du fait de capter son attention. Le regard est omniprésent même s’il est conseillé de continuer d’associer la parole au geste. À ce propos, Catherine Texier qui a mis en place cette pratique dans la crèche qu’elle dirige, précise : « En ajoutant les signes à la parole, cela nous a permis de créer un espace-temps entre la verbalisation et l’action. On regarde, puis on signe. Ça change tout. Ça permet de développer la bienveillance. »

Dans un laboratoire du CIEN[1], nous échangeons régulièrement avec les médecins sur la notion « de perte de chance » pour le patient, celle-ci ayant pris une valeur toute particulière dans l’évaluation des actes médicaux. Nous trouvons la même idée ici : le devoir des parents est de donner toutes les chances à l’enfant. Mais sous le terme assez creux d’épanouissement, il y a dans cette pratique un consentement à la prévention précoce qui envahit le champ de la petite enfance et un idéal d’adaptation typique de notre époque. Adaptation et communication s’associent à la prévention précoce. Des tutoriels fleurissent et « application bébé signe » se charge sur votre smartphone.

Parions que le langage des signes sera utilisé par l’enfant pour tromper l’adulte qui le regarde. En effet cette langue subtile est ici réduite à une meilleure communication. Parler ne s’inculque pas et le génie de lalangue ne s’évalue pas.

 

[1] Centre Interdisciplinaire sur l’Enfant