Autisme
  • 19 octobre 2017
  • - Commentaires fermés sur Désir du « petit scientifique dans le coin », par Wendy Vives
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La jeunesse des années 60-70 a été marquée par le succès du célèbre groupe The Beatles et bien sûr, ceci fut accompagné par la fureur des groupies. Le succès fut tel que certains scientifiques se sont interrogés sur les possibles raisons pour lesquelles les femmes – principalement, mais pas seulement – devenaient si « folles » face au talent de John, Paul et George sur scène. Bien sûr, beaucoup de solutions furent imaginées, sauf que pour certains sujets comme Temple Grandin, les réponses n’étaient ni claires ni logiques, la fureur face à la « Beatlemania »[1] restait incompréhensible : « voir des étudiants se pâmer en regardant les Beatles était pour moi un “PSI” – un phénomène sociologique. Je voulais participer, mais je ne savais pas comment m’y prendre »[2].

Quelle solution a bien pu trouver Temple Grandin pour apprendre les codes sociaux ?

À la recherche !

C’est par le désir, par son esprit d’exploratrice et de scientifique dit-on qui l’accompagne depuis l’enfance, qui permit à ce sujet autiste de développer un phénomène qu’elle appelle elle-même « le petit scientifique dans le coin »[3]. Il s’agit d’une observation à distance, utilisant ses grandes capacités mnésiques et visuelles pour saisir les interactions sociales et ensuite créer un savoir-vivre et un savoir-faire à sa mesure dans son quotidien et sa vie professionnelle. Dans son journal intime, Temple Grandin témoigne des impasses qu’elle vivait au jour le jour et où elle passait son « temps à observer, à chercher le meilleur comportement possible »[4], pour ensuite conclure qu’« il ne faut pas toujours regarder-être un observateur froid et impersonnel il faut aussi participer »[5].

En CD-ROOM d’images

Grâce au soutien de son entourage qui n’aura de cesse d’accompagner Temple Grandin dans ce travail rigoureux de construction d’un code pour faire lien social, elle investit l’usage de caméras vidéo, magnétophones et appareils photo pour constituer une « bibliothèque d’expériences »[6] qui lui permettra l’apprentissage des compétences sociales et du comportement animal. « Penser en images est un formidable atout »[7] nous dit-elle. Elle exploite cette capacité pour commencer à traduire le monde. Les mots dits et écrits se présentifient comme un « film colorés et sonorisés »[8] où les paroles se transforment en images. À partir de son talent, l’ingénieure propose « un protocole d’observation »[9] dans son travail avec le bétail, elle se sert de l’appareil photo et se met à la hauteur de leurs yeux afin de comprendre tel ou tel comportement. Temple Grandin s’imagine à la place d’une vache. C’est comme un « système de réalité virtuelle »[10] où les photos et les vidéos deviennent une fenêtre de ce monde intérieur et propre au sujet autiste qui le guide et donnent un accès pour « voir le monde du point de vue d’une vache »[11]. Voilà le succès de cette chercheuse !

Un monde de symboles visuels

Mais cette retrouvaille ne fut pas si simple. Temple Grandin laisse entendre qu’un travail de recherche et de performance a été nécessaire, comme un acteur sur scène, car pour elle « enseigner les règles de savoir-vivre à un autiste revient à diriger un acteur de théâtre »[12]. Sans doute est-elle le rôle !

Son lien avec les animaux, principalement les vaches, permet à Temple Grandin de « regarder le monde avec leurs yeux »[13]. Elle en témoigne en affirmant sa nécessité d’avoir « un signe tangible »[14] qui est sa chemise de cow-boy avec des épingles en forme de petits bœufs sur le col. Ces objets viennent lui (re)-constituer un corps et une image pour se présenter au monde comme la scientifique spécialisée en zootechnique, qui n’est pas sans le regard des vaches.

 

[1] https://www.theguardian.com/music/2013/sep/29/beatlemania-screamers-fandom-teenagers-hysteria

[2] Grandin Temple, Penser en images, Paris, Éditions Odile Jacob, 1997, p. 154.

[3] Ibid., p. 160.

[4] Ibid., p. 154.

[5] Ibid.

[6] Ibid., p. 161.

[7] Ibid., p. 19.

[8] Ibid.

[9] Ibid., p. 121.

[10] Ibid., p. 166.

[11] Ibid., p. 20.

[12] Ibid., p. 117.

[13] Ibid., p. 165.

[14] Ibid., p. 124.