Enfances
  • 26 octobre 2017
  • - Commentaires fermés sur Inhibition et période de latence, par Hélène Bonnaud
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« Quelle est la valeur d’un temps de latence dans l’ordre du savoir ? » questionnait J.-A. Miller dans son cours « Un effort de poésie »[1]. Et il y répondait immédiatement en indiquant que « c’est une forme, une détermination du temps pour comprendre. »

Dans les Trois essais sur la théorie de la sexualité [2] Freud fait de la période de latence, un moment du développement sexuel de l’être humain. La vie sexuelle fleurit jusqu’à cinq ans, et puis, il y a latence, absence de développement, voire régression, jusqu’à la puberté.  « Mais l’intérêt de cette latence, c’est l’interrogation que porte Freud sur la question du progrès du savoir, et plus particulièrement quand il s’agit de ce que le sujet se refuse à savoir. La latence sexuelle est ordonnée aux mêmes coordonnées que la latence épistémique, au moins quand il s’agit de saisir ce qui vous force à penser quelque chose », poursuit J.-A. Miller. Il y a donc un rapport de conséquence entre savoir sexuel et savoir épistémique.

Cette thèse permet d’interroger ce qu’il se passe dans certaines formes d’inhibition dans les apprentissages chez l’enfant durant la période dite de latence. Freud, dans « Inhibition, symptôme et angoisse »[3], donne une définition de l’inhibition comme limitation de la capacité à agir. Cette limitation est-elle corrélée à la persistance d’une activité de jouissance chez l’enfant qui ne peut y renoncer ? La limitation à agir, en effet, relève davantage du fonctionnement que du refoulement. L’inhibition serait alors directement attachée à la jouissance sexuelle non déplacée. D’où son côté rebelle à la dimension de la vérité. L’inhibition domine quand la sexualité ne cesse pas d’être active soit, quand l’opération de sublimation ne s’est pas mise en place.

En effet, pour Freud, la période de latence met momentanément au repos la question sexuelle. Le savoir sur le rapport sexuel est alors refoulé. Le refoulement permet à l’enfant de sublimer une partie de ses pulsions sexuelles, en les transposant au service du savoir. Le désir de savoir, s’il existe en tant qu’inscrit dans une logique d’évolution, est le résultat d’une opération de déplacement. Freud indique que « cette pulsion de savoir des enfants n’est peut-être éveillée que par les seuls problèmes sexuels »[4]. C’est pourquoi, la période de latence s’insère dans le refoulement et obéit à la nécessité d’un temps pour comprendre. Le goût du savoir répond à la jouissance permise d’être un être sexué et d’en avoir pu faire une expérience subjective.

 

[1] Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Un effort de poésie », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, leçon du 14 mai 2003, inédit.

[2] Freud S., Trois essais sur la théorie sexuelle, Paris, Gallimard, 1987, p.123.

[3] Freud S., Inhibition, symptôme, angoisse, (1926), Paris, Gallimard, 1987.

[4] Freud S., Trois essais sur la théorie sexuelle, op. cit., p.123.