Just kNow it !
  • 27 octobre 2017
  • - Commentaires fermés sur Dressage pour tous, désir nulle part !, par Juliette Parchliniak
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Un article de la RTBF[1] nous apprend l’adoption d’une nouvelle directive visant à « responsabiliser les médecins » dans l’octroi de congés maladie : « Les médecins recevront des précisions sur la manière dont ils doivent fixer la période d’indisponibilité. Ce nouveau système permettra d’examiner « objectivement » comment chaque médecin s’écarte d’autres médecins avec un même profil en ce qui concerne la durée et le nombre de périodes d’indisponibilité. ». Cette mesure s’inscrit dans la droite ligne suivie avec détermination par notre ministre de la santé Maggie de Block avec la médicalisation des pratiques de parole et le recul croissant du champ de la santé mentale au profit du care issu du monde de l’entreprise. Ainsi la psychotérapie est entrée dans le champ paramédical en devenant un acte de soin spécialisé réservé à certains praticiens homologués[2]. L’orthopédagogue qui prend appui sur les sciences cognitive a remplacé les logopèdes et les psychomotriciens. Enfin tous les prestataires de soins seront bientôt chargés de contrôler l’identité de leur patient lors de chaque visite[3].

L’e-santé, bien que contestée sur le terrain, est donc en passe de devenir la nouvelle norme[4], et avec elle le partage des données du patient avec l’ensemble des soignants et le patient lui-même, l’instauration d’un instrument d’évaluation uniforme aux effets observables, et l’instauration de nouvelles formes de contrôle à travers le « monitoring ». Ce nouveau modèle d’organisation des soins n’est donc plus basé sur la relation à l’autre, il ne s’agit plus pour le praticien d’extraire un savoir situé du côté du patient, mais d’appliquer un protocole où le savoir est machinisé, induit par les données qui apparaissent sur un écran.

Aux Etats-Unis Michael Moore avait annoncé avant l’heure l’élection de Trump[5] et parmi les arguments qu’il avançait le dernier avait retenu mon attention : dans une société où la surveillance est généralisée, où les normes et le sentiment d’impuissance dominent, l’isoloir est pour certains le dernier endroit où l’imprévu a chance d’advenir, fut-il pour le pire…

À l’inverse des « bonnes » pratiques promues par Maggie de Block qui abondent dans le sens d’une surveillance et d’une contrainte accrus et laissent bien peu de place à l’expression de ce qui cloche fondamentalement chez le parlêtre, la psychanalyse nous apprend que le savoir n’a d’effet que s’il est corrélé à la mise en jeu d’un désir : c’est alors seulement que la pulsion, intraitable et incohercible, a chance de rencontrer un nouveau destin.

[1] https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_les-medecins-qui-octroient-trop-de-jours-de-conge-de-maladie-seront-places-sous-monitoring?id=9710310

[2]    http://www.deblock.belgium.be/fr/loi-relative-aux-professions-des-soins-de-sant%C3%A9-mentale

[3] http://www.rtl.be/info/belgique/societe/les-infirmiers-a-domicile-obliges-de-controler-la-carte-d-identite-du-patient-a-chaque-passage-nous-perdons-certains-patients–954059.aspx

[4]   http://www.plan-esante.be/

[5]  http://www.huffingtonpost.fr/michael-moore/trump-president-etats-unis_b_11192430.html