Franchissement
  • 21 novembre 2017
  • - Commentaires fermés sur Être dressé au fouet du signifiant, par Laurent Dupont
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Dans Le Séminaire XXIII, Lacan a cette phrase page 78 : « J’ai affaire aux gens que je dresse à ce que ça leur fasse plaisir de dire le vrai[1] ». Être dressé par l’analyste. Il ne s’agit donc pas d’apprendre, ni de désir, mais de dressage, de dressage à ce que ça fasse plaisir de dire le vrai.

Que la vérité soit menteuse ne change rien à l’affaire et n’empêche pas qu’elle soit la clef de l’association libre. Néanmoins, elle est menteuse de se dire de parole. La parole, en tant qu’elle inclut le sens, est forcément menteuse car le réel ne peut se dire, il est hors sens. L’expérience d’une analyse c’est donc que dans la parole, ce n’est jamais ça, que d’une certaine façon on n’apprend rien de la parole, si ce n’est que dans ce manque que le sens ne viendra jamais combler, il y a quelque chose du plus singulier de chacun qui ne s’apprend pas, dont on n’apprend rien, qui reste opaque mais dont pourtant, on peut repérer le « c’est ça ». Repérer n’est donc pas apprendre, repérer c’est dessiner des contours, marquer des coordonnées, relever des traces.

La fin de l’analyse à plus à voir avec les abscisses et les ordonnées, ou les longitudes et latitudes qu’avec la construction d’un sens.

Mais avant d’en arriver là, il faut avoir été dressé à ce que ça nous fasse plaisir de dire le vrai. On ne va pas rencontrer un analyste pour dire le vrai, mais pour être soulagé, de ses symptômes, de ses fantasmes, de sa jouissance… et on attend que l’analyste, dans l’interprétation, nous dise la vérité de notre être. C’est là qu’il y a retournement. L’analyste n’est pas là pour dire le vrai, Lacan nous dit qu’il est là pour nous dresser. À la rigueur, l’analyste dresse l’oreille en même temps que ses analysants.

Comment dresse-t-on les patients ? Lacan le dit page 79 « … si j’y arrive, c’est parce qu’ils m’aiment, grâce à ce que j’ai essayé d’épingler du transfert, c’est-à-dire qu’ils me supposent un savoir ». Il faut aimer son analyste de lui supposer un savoir. J’aimais ma première analyste par ses constructions de sens en fin de séance. Je ne lui supposais aucun savoir, il n’était pas supposé mais exposé.

J’aimais mon second analyste, je lui supposais un savoir, lui dont le silence et la coupure, le marquage d’un mot, la résonnance d’un signifiant ne produisaient pas de sens, mais avaient des effets de sens. Le transfert, ce n’était pas le sens qui viendrait m’épingler comme une vérité, c’était cet effet, soit l’effet issu de la trace dans le corps de la marque de cette coupure de la séance.

J’ai été dressé au fouet du signifiant et, à dire le vrai, ça m’a fait plaisir.

[1] Lacan J., Le Séminaire, livre XXIII, Le sinthome, texte établi par Jacques-Alain Miller, Paris, Seuil, p.78.