Édito
  • 21 novembre 2017
  • - Commentaires fermés sur Vers Freud, par Philippe Hellebois
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Dans son petit texte « De nos antécédents », Lacan évoque le parcours qui le mena à la pratique de la psychanalyse en ces termes : « Singulièrement, mais nécessairement croyons-nous, nous en fûmes amené à Freud. Car la fidélité à l’enveloppe formelle du symptôme, qui est la vraie trace clinique dont nous prenions le goût, nous mena à cette limite où elle se rebrousse en effets de création. »[1] Ces deux phrases, célèbres dans notre champ par le commentaire qu’en fit J.-A. Miller dans les années 80[2], les débuts de l’Ecole de la Cause freudienne, insistent sur plusieurs points dont nous parlerons probablement lors des prochaines Journées.

Les voies vers l’analyse sont singulières et marquées du sceau de la nécessité : c’est dire à chacun son, mais non ses, chemin ; certains mènent plus à Rome que d’autres, notamment ceux qui nous y obligent, et qu’est-ce qui nous oblige mieux que le symptôme ? Vient ensuite une définition limpide de l’apprentissage psychanalytique : il se fait à l’université du symptôme où s’apprennent les articulations de son enveloppe formelle. Comment ? Lacan ne l’explique pas sur le plan technique, mais éthique : il s’agit d’être fidèle, notion qui par ses nuances d’attachement, d’allégeance, de foi, d’exactitude, évoque à la fois la répétition des séances, leur routine exigeante, l’attention portée sans relâche à ce qui est aussi essentiel qu’opaque, soit le symptôme qui nous a menés sur le divan. Cette enveloppe formelle est aussi ce à quoi il dit avoir pris goût : goûter c’est aussi apprécier soit choisir, et comme le rappelait J.-A. Miller dans son dernier cours de juin dernier, cela montre que le choix est enraciné dans la jouissance du corps et pas seulement dans les idéalités.

Lacan situe le gain de savoir qui résulte de cette discipline de façon très originale : ce n’est pas un savoir déjà là et formaté qu’il s’agirait de retenir une fois pour toutes en s’y rompant ; ce savoir se produit d’une mutation du symptôme, de son rebroussement ; ce rebroussement consiste en une disjonction de son enveloppe formelle, soit de son articulation signifiante, et de la jouissance qu’il contient ; cette séparation permet à l’enveloppe formelle du symptôme de servir à autre chose qu’à jouir ; ce savoir nouveau arraché à la jouissance préalable est qualifié d’effet de création – Gide, toujours très fidèle et surtout utile à qui le lit, disait ça joliment quelque part, mais en moins bien : « Il est bon de suivre sa pente pourvu que ce soit en montant. »

 

 

[1] Lacan, J., « De nos antécédents », Écrits, Paris, Seuil 1966, p. 66.

[2] Miller, J.-A., « Réflexions sur l’enveloppe formelle du symptôme », Actes de l’Ecole de la Cause freudienne, « Les formes du symptôme », Paris, 1986, p. 70.