Cinéma
  • 23 novembre 2017
  • - Commentaires fermés sur Au-delà de ce qui s’apprend, ce qui s’éprouve, par Lucile Troadec
  • -

La confession est le titre choisi par Nicolas Boukhrief pour son film, adaptation du roman de Béatrix Beck Léon Morin, prêtre.

Une femme sur son lit de mort demande un prêtre pour sa dernière confession. Un secret gardé depuis l’occupation allemande, jamais formulé, s’impose à se dire là où le réel de la mort va bientôt l’emporter.

Nous plongeons dans l’histoire de cette jeune femme, Barny, employée à la Poste en lutte contre les collabos et les dénonciateurs en subtilisant leurs lettres adressées à la kommandantur. Son mari est emprisonné en Allemagne depuis le début de la guerre. Sans nouvelle depuis cinq ans, elle protège sa fille en la déplaçant en sécurité à la campagne. Sa fille ne connaît pas son père, elle n’avait que quelques mois lorsqu’il a été appelé sous les drapeaux.

Barny héberge un couple de juifs et fait parti de la résistance. Elle porte en elle une révolte mesurée qui la protège du désespoir qui l’habite. Elle ne croit plus en rien. L’arrivé d’un nouveau prêtre produit beaucoup d’émulations dans le village. Il est séduisant, prend le temps de recevoir ses paroissiens, individuellement, et il leur parle. Athée, Barny s’oppose farouchement à toute croyance divine. Bien souvent la colère emporte Barny lorsque quelqu’un manifeste sa foi : comment est-il possible encore d’avoir la foi face à l’horreur et l’absurdité de la guerre ?

Provocante, elle vient à la rencontre du prêtre Morin dans le confessionnal, évoquant sans détours et crûment ses pratiques autoérotiques en l’absence interminable de son mari. Le prêtre Morin ne s’en offusque pas et va subtilement accueillir cette femme, l’invitant à venir chercher un livre à la paroisse où il réside. Ainsi va débuter son éducation religieuse qu’elle finira par lui demander. Que cherche-t-elle ainsi ? Ce qu’elle apprend n’est peut-être pas ce qu’il paraît. La catéchèse n’est que le support ouvrant à la rencontre avec un homme qui lui parle et notamment qui lui parle de son propre rapport à la croyance. À la question de la nécessité d’une preuve à apporter quant à l’existence de Dieu, Léon Morin rétorque « il est existence ». Nous voici témoins de la façon dont le désir regagne cette femme. Le rejet de toute croyance s’était constitué comme défense face à l’innommable. La force du transfert et l’amour qui lui est constitutif lui redonnent vie. De son côté prêtre Morin, homme de foi passionné, multiplient leurs rencontres pour l’apprentissage et la lecture de l’évangile nécessaire à sa conversion.

Au fur à mesure de leurs rendez-vous, la vie reprend un sens par ce qui s’éprouve au-delà de ce qui s’apprend. Elle s’anime d’un désir qu’elle finit par lui adresser en acte : un baiser volé. Homme de foi fidèle, il y coupe court mais reconnaît finement, dans une magnifique scène du confessionnal, ne pas y être pour rien : lui-même a dérogé, en quelques sortes, à l’interdit en ne décourageant pas la prétendante. Cette réponse fait toute la différence, car au lieu de succomber à cette déconvenue, elle permet la formulation de ce qui anime le sujet derrière son acte. Une dernière scène de rencontre à la paroisse : celle d’un homme sans sa soutane, se préparant au départ et inscrivant ainsi son choix tourné vers Dieu. Pour elle, nulle épreuve divine, juste une question adressée à l’Autre, sur ce qu’elle est pour lui : s’il avait été protestant l’aurait-il choisie, elle, pour épouse ?

Enfin, à la veille de sa mort, qu’est-ce qui presse cette femme à raconter cette histoire secrète ? Ne serait-ce pas justement la nécessité de déposer à l’instant de mourir cette question sans réponse comme éprouvée d’elle-même ? Cette croyance en un homme supposé-savoir la réponse à la question si délicate de son être, comme l’avance J.-A. Miller « Aimer vraiment quelqu’un, c’est croire qu’en l’aimant, on accédera à une vérité sur soi. »[1]
 
[1] Miller J.-A., « On aime celui qui répond à notre question : Qui suis-je? », psychologies.com, janvier 2010