Enfances
  • 23 novembre 2017
  • - Commentaires fermés sur Interpréter le symptôme de l’enfant, par Laetitia Bourdet
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Notre société actuelle connaît ce que nous pouvons appeler un véritable pousse à la norme. De même, les enfants à l’école, sont d’autant plus touchés par ce phénomène, accentué par ce qu’on appelle l’inclusion scolaire. Quoi faire d’un enfant qui n’apprend pas ? Qui bouge trop ? Qui crie trop fort ? Actuellement, toutes ces marques de « trop », bruyantes ou dérangeantes, sont vues du côté d’un symptôme à éradiquer. Par type de lecture afin de répondre à une norme scolaire, nous pouvons observer toute une série de diagnostics (dyslexie, troubles de la concentration, hyperactivité…) accompagnés souvent de toute une série de propositions d’appareillages standardisés, pouvant même aller jusqu’à l’appareillage du corps (tablette numérique, coussin ergonomique…) dans les écoles visant à supprimer ces comportements. Il s’agit de faire valoir des méthodes dites « scientifiques » permettant de ramener tout symptôme à un dysfonctionnement sans signification personnelle. Ce supposé valoir pour tous s’accompagne de pratiques d’évaluations objectivables, ne tenant pas compte des particularités subjectives de chacun.

Psychologue en libérale, je travaille avec le réseau de réussite éducative (DRE), qui m’adresse des enfants scolarisés en « milieu dit ordinaire » qui par leur symptôme, ne remplissent pas les conditions de la norme de l’élève idéal. Cette demande s’est progressivement articulée entre les familles, le conseiller de DRE et moi-même. Celle-ci étant née suite à une liste d’attente trop longue en CMPP, où l’urgence pour ces enfants était telle, que la demande pour un suivi libéral a été accordée. La plupart de ces enfants ont été évalués. Mais surprise, les résultats sont dans la moyenne ! Aucun trouble évaluable n’est décelé. C’est la persistance du symptôme qui fait énigme : certains enfants continuent à avoir des difficultés à apprendre, à lire, font du bruit, tapent… C’est la raison pour laquelle ces enfants me sont adressés.

La lecture à partir des tests et autres bilans quantifiés est à l’inverse de ce que propose la psychanalyse. Lorsqu’un enfant est en « panne » avec le savoir, notamment avec celui de l’école, cela relève la plupart du temps d’une panne avec un autre savoir, celui de l’intime : celui qui concerne celui avec celle de son désir et de sa jouissance. Les difficultés à l’école sont davantage une conséquence, que la psychanalyse va accueillir comme un symptôme. Celui-ci est perçu comme quelque chose à déchiffrer, une énigme, de la même manière que se constitue le rêve. C’est une modalité de réponse du sujet face à une question essentielle. Celle que Lacan appellera « les éléments de réel » au début de son enseignement, qui s’introduisent dans la vie d’un sujet et dans sa relation à l’Autre, du fait qu’il a un corps vivant sexué. De même, comme le souligne Lacan dans sa « Notes sur l’enfant »[1], l’enfant se retrouve lui-même en place de « symptôme de la structure familiale ». La tâche de l’analyste sera alors par le transfert et par la pratique de la parole, de s’intéresser à la parole de l’enfant se démêlant avec ses questionnements de sujet, notamment quel part d’objet énigmatique il est pour l’Autre. Ainsi, cela permet de restituer à l’enfant sa place d’« être de savoir », un savoir respecté dans « sa connexion à la jouissance qui l’enveloppe, qui l’anime »[2] et qui peut se confondre avec lui. C’est bien cela que les enfants semblent venir traiter dans mon cabinet. Les symptômes liés à l’école s’abaissent assez facilement pour d’autres questionnements qui sont plus en rapport avec l’histoire singulière de l’enfant. Il s’agit d’une rencontre entre les questionnements d’un enfant (de son histoire familiale, de son corps, de sa sexualité…) et le désir d’un analyste qui permet l’émergence d’un autre savoir, celui qui est singulier, particulier pour chaque enfant. Le travail de l’analyste sera de permettre à l’enfant de passer de sa position de ce qui fait symptôme pour l’école et ou pour ses parents à celle de pouvoir préciser ce qui fait symptôme pour lui[3], symptôme dont l’analyste se fera partenaire pour l’enfant.

 

[1] Lacan J., « Notes sur l’enfant », Autres Ecrits, Paris, Seuil, 2001, p373-375.

[2] Miller J.-A., « L’enfant et le savoir », Collectif Peurs d’enfants, Paris, Navarin, La petite girafe, n°1, p. 18-19.

[3] Texte initialement publié le 10 décembre 2014, sur le blog de préparation de la Journée de l’Institut de l’Enfant du 21 mars 2015 : https://jie2015.wordpress.com/2014/12/10/interpreter-le-symptome-de-lenfant-par-helene-deltombe/